Le train s’est arrêté en plein milieu du trajet ! La raison n’est apparue clairement que plus tard

par André Caron

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Quel rapport y a-t-il entre une collation sur un quai de gare et le système complexe de signalisation ferroviaire ? En temps normal, aucun. Pourtant, une histoire survenue il y a plusieurs années sur une ligne régionale a prouvé le contraire. Un mardi ordinaire s’est transformé en cauchemar pour les aiguilleurs et en source d’anecdotes pour les conducteurs, à cause d’une coïncidence aussi amusante que coûteuse. Les passagers pressés d’aller travailler n’avaient pas la moindre idée que la cause de ce gigantesque embouteillage ferroviaire n’était ni une panne ni une chute de neige, mais l’envie irrépressible de quelqu’un de nourrir les oiseaux.

Tout a commencé sur un petit quai, où une femme âgée, en attendant son train en retard, a décidé de donner à manger aux pigeons. D’un grand geste, elle a vidé tout un paquet de pop-corn soufflé sur les rails. Le spectacle était idyllique : une nuée d’oiseaux tournoyait au-dessus des voies, picorant la collation. Mais aucun des témoins n’a remarqué qu’une boule brillante, encore recouverte d’un glaçage huileux, était tombée directement sur un circuit de voie – l’endroit précis où circule le courant pour détecter l’occupation des rails. À cet instant, la collation sèche s’est muée en parfait isolant électrique.

Le conducteur d’un train express qui approchait de cette section a soudain vu s’allumer sur son tableau de bord un signal rouge indiquant « Voie occupée ». Le système de sécurité avait détecté un obstacle fantôme. Bien qu’à vue d’œil les rails soient parfaitement vides, l’automatisme a exigé un arrêt d’urgence. Le train s’est immobilisé à une centaine de mètres du quai, et les aiguilleurs au centre de contrôle se sont gratté la tête : les capteurs indiquaient obstinément qu’un convoi invisible se trouvait sur la voie.

Il a fallu près de deux heures pour résoudre l’énigme. L’équipe d’électriciens dépêchée sur place a vérifié les relais, les contacts et les câbles : tout était en ordre. C’est alors qu’un des agents du réseau, se rappelant de vieilles histoires de « catastrophes au maïs », a proposé d’inspecter la voie manuellement. Imaginez sa surprise lorsqu’il a découvert, directement sur le circuit de voie électrifié, une poignée de pop-corn détrempé par la rosée matinale. Le grain avait établi un contact juste assez solide pour tromper les capteurs, mais sans provoquer de court-circuit.

L’incident s’est conclu par des éclats de rire dans le dépôt des locomotives et par l’ajout d’une nouvelle règle non écrite : désormais, les instructions destinées aux conducteurs interdisent explicitement d’ignorer les signaux, même si « l’obstacle ressemble à un petit-déjeuner ». Quant à la principale intéressée, qui n’a jamais vu arriver son train, elle a fini par prendre un taxi, laissant derrière elle une légende. Depuis ce jour, les cheminots disent en plaisantant : si un train s’arrête « sans raison apparente », ne cherchez pas une panne, mais plutôt un pigeon affamé.