En France, comme dans de nombreux pays, les enfants sont submergés d’activités extrascolaires, de cours de langues et d’activités d’éveil dès leur plus jeune âge. Les parents cherchent à occuper chaque minute avec des activités stimulantes, persuadés que cela donne à leur enfant un avantage certain. Pourtant, les éducateurs et les psychologues de l’enfant tirent de plus en plus la sonnette d’alarme : le jeu libre et non structuré – sans règles, sans adultes, sans objectif précis – disparaît de la vie des enfants. Or, c’est précisément ce jeu qui constitue le fondement du développement de l’imagination, des compétences sociales, de l’autorégulation et même de l’intelligence. Il n’est donc pas surprenant que de nombreuses écoles françaises réintroduisent progressivement les récréations prolongées et les espaces de jeu libre.
Qu’est-ce que le jeu libre ? C’est lorsque l’enfant choisit ce qu’il veut faire : construire une cabane avec des couvertures, dessiner aux crayons de couleur sur le trottoir, jouer à faire semblant avec le garçon du voisin ou simplement transvaser du sable d’un seau à l’autre. L’essentiel réside dans l’absence de surveillance, d’instructions et de résultats attendus de la part des adultes. C’est dans ces moments-là que le cerveau de l’enfant fonctionne d’une manière particulière : il formule des hypothèses, les teste, fait des erreurs, recommence, négocie avec ses camarades et improvise des règles. Aucun manuel scolaire ne peut offrir une telle variété d’activités cognitives.
Des études montrent que les enfants qui bénéficient d’au moins une heure de jeu libre par jour sont plus aptes à résoudre des problèmes inhabituels et à s’adapter plus rapidement aux nouvelles situations. Le jeu développe ce que l’on appelle le « contrôle exécutif » : la capacité à planifier, à passer d’une tâche à l’autre et à inhiber ses réactions impulsives. Par exemple, lorsqu’ils jouent à la marchande, les enfants sont obligés de se souvenir du rôle du vendeur, de compter la monnaie, d’attendre leur tour et de garder le scénario en tête ; tout cela stimule la mémoire de travail et la maîtrise de soi autant que des exercices spécialisés.
